30 octobre 2006
Projet d'organisation du groupe Suez-GDF
Chers amis,
Je tenais à vous part d'une information très attendue tenant au projet de fusion Suez-Gaz de France.
Les deux protagonistes principaux du dossier, Gérard Mestrallet (Suez) et jean-François Cirelli (Gaz de France), ont rendu public le projet d'organisation de la direction du futur groupe. Le communiqué de presse est disponible, notamment, sur le site du groupe Suez.
Gérard Mestrallet sera chargé des fonctions de Président Directeur Général, tandis que Jean-François Cirelli sera Vice-Président et Directeur Général Délégué.
Le Comité de Direction réunira, autour de ces deux personnalités, des dirigeants issus des deux entreprises, qui auront le titre de Directeurs Généraux Adjoints : Yves Colliou, Jean-Marie Dauger, Jean-Pierre Hansen et Gérard Lamarche.
Dans la prespective de mettre le nouveau groupe sur les rails dès janvier 2007, le projet présente la structure dans ses branches opérationnelle et fonctionnelle.
Au niveau opérationnel, six branches ont été prévues pour mettre en oeuvre la stratégie du nouveau groupe Suez-GDF : Energie France, Energie Europe et International, Global Gaz et GNL, Infrastructures, Environnement, Services à l'Energie.
Un Comité de politique énergétique verra également le jour. Par ailleurs, les deux protagonistes essentiels de la fusion se partageront ces six ressorts. Gérard Mestrallet se chargera de superviser les branches Energie Europe et International, Services à l'Energie et Environnement, tandis que Jean-François Cirelli répondra des branches Energie France, GLobal Gaz et GNL et Infrastructures.
Au niveau fonctionnel, dix ressorts assureront la direction de la nouvelle strcture : Finances, Secrétariat Général, Audit-Risques, Communication Financière et Développement Durable, Communication, Relations Internationales, Intégration et Synergies, Ressources humaines, Stratégie et enfin, Recherche et Innovation.
La Commission Energie ne manquera pas deous tenir informés des développements ultérieurs du dossier.
Bien à vous
Mickael KARASSIMEONOV
Président de la Commission Energie, Conférence Olivaint
20 octobre 2006
Discours prononcé par Alexei Miller, patron de Gazprom, à l'Assemblée générale annuelle
Chers amis,
Je publie, comme promis, une version synthétisée et traduite du discours prononcé par le patron de Gazprom, Alexei Miller, à l'occasion de la réunion de l'Assemblée générale annuelle des actionnaires. La séparation en idées-force est assez arbitraire, donc ouverte à critiques, mais destinée à facilier la lecture.
Un article afférent ne va pas tarder à paraître sur ce blog, consacré à Alexei Miller.
L'exposé du patron de Gazprom livre quelques informations intéressantes sur la vision des choses par Gazprom. Il est important de savoir, avant de lire ce texte, qu'Alexei Miller était, juste avant sa nomination à la tête de Gazprom, Vice-Ministre de l'Energie de la Fédération Russe.
Bonne lecture.
Discours prononcé le 30 juin 2006, intitulé :
GAZPROM - Stratégie pour le leadership dans le secteur de l'énergie
1. Le groupe
Gazprom aspire à être un leader global dans le domaine de l’énergie, sur les
marchés du gaz naturel et du pétrole. Pour parvenir à cette fin, la stratégie
du groupe se traduit par deux axes : d’une part, une large diversification
des métiers (gaz naturel, pétrole, production d’électricité), et d’autre part,
un renforcement de la concentration verticale.
2. Gazprom s’est avéré, au cours du dernier
exercice, un leader mondial de l’énergie en termes de capitalisation boursière.
Le choix d’accorder le paquet de contrôle à l’Etat Russe a porté ses
fruits : la combinaison des approches commerciale et étatique permet
d’établir une stratégie à long terme au niveau de l’équilibre du marché national
et international de gaz naturel.
3. La levée, qui a eu lieu en 2005, de toutes les
restrictions quant à la propriété des titres de Gazprom engendre un
environnement favorable pour de nouveaux investisseurs de haut rang. Le
résultat d’exploitation au titre de l’exercice 2005 a permis d’augmenter le
montant des dividendes versés. Par ailleurs, le ratio d’endettement a nettement
diminué, ce qui a augmenté la notation financière effectuée par les agences
internationales.
4. Les succès de la performance de l’exercice 2005
sont dus à trois efforts industriels : l’expansion de la base de
ressources, l’augmentation de la production de gaz naturel, et le développement
des infrastructures de transport et de stockage de gaz naturel.
5. La prospection de nouveaux sites reste une
priorité pour la direction de Gazprom. Il s’agit de l’une des seules compagnies
au monde à pouvoir augmenter la production d’hydrocarbures sans diminuer les
réserves disponibles et tout en continuant à construire de nouvelles
infrastructures. Si la plupart des compagnies se pose la
question : « Où devons-nous chercher notre gaz? », Gazprom
se demande : « Quel le meilleur moment pour produire notre
gaz ? ». Les investissements financiers de Gazprom ont augmenté trois
fois sur les dernières années.
6. L’année 2005 a été placée sous le signe d’une
véritable percée dans le monde de la production et du raffinage de pétrole,
ainsi que dans la production d’énergie. En octobre 2005, Gazprom a acquis 72.6%
des titres de la société Sibneft (actuellement, Gazpromneft). Le développement
ultérieur du secteur pétrolier de Gazprom suivra le principe de la
concentration verticale.
7. La diversification des actifs et des activités
de Gazprom sont également dus à l’implication dans le secteur de l’énergie
électrique. Suite a l’acquisition de 10 % des parts de la compagnie principale
du pays dans ce secteur (la RAO UES de Russie), et de la minorité de blocage
dans la compagnie Mosenergo (la plus importante des filiales de RAO UES),
Gazprom envisage d’investir dans des infrastructures et de participer à la
modernisation des centrales électriques, dans la Fédération Russe et à
l’étranger. Les projets concernent également le secteur du gaz naturel. Si,
actuellement, les deux tiers de la production de gaz sont commercialisés sur le
marché Russe, il n’en demeure pas moins que Gazprom vise à investir dans le
processus de gazéification du pays.
8. L’année 2005 a également été marquée par un
renforcement des échanges avec les Républiques de l’ex-URSS. Les relations avec
ces Etats ne sont guère différentes de celles entretenues avec l’Occident.
9. En vue de son objectif stratégique – à savoir,
créer un groupe global numéro un dans le domaine de l’énergie – Gazprom élargit
sa présence sur les marchés internationaux (Asie du Sud-Est, Asie Centrale,
Amérique du Sud, Maghreb, Proche-Orient...). L’idée directrice est de maîtriser
l’intégralité des chaînes industrielles – de la production à la
commercialisation des hydrocarbures. Par ailleurs, la coopération dans le
domaine des gazoducs avec les Etats du Kazakhstan et de l’Uzbekistan est
fondamentale : ce sont des contrats à long terme, qui couvrent tout le
chemin du gaz naturel, qui ont été conclus.
10. En 2005, Gazprom a commencé, avec succès, à
s’implanter sur le marché du gaz naturel liquide. C’est un nouveau produit,
avec de nouveaux marchés. La première étape consiste à commercialiser du
gaz liquide non Russe ; à partir de 2010, ce sera du gaz naturel liquide
produit en Russie qui sera proposé.
11. Force est de constater que l’économie mondiale
a des besoins croissants en ressources énergétiques de tous types. La
concurrence entre les principaux marchés (Europe, Asie Pacifique et Amérique du
Nord) va augmenter. Il est donc nécessaire de souscrire des contrats à long
terme, en vue d’établir un véritable équilibre du gaz. Gazprom anticipe son
effort industriel à raison des contrats de long terme qui ont été signés, afin
que le gaz naturel ne soit produit qu’une fois vendu. Quant à la Chine, des
négociations commerciales sont en cours. Par ailleurs, l’Europe reste le
premier marché en vue pour les exportations. Le gaz Russe approvisionne
l’Europe depuis plus de trente ans : la production de Gazprom satisfait
plus d’un quart des besoins en gaz naturel des consommateurs européens.
12. Au niveau de l’activité internationale,
Gazprom cherche à atteindre la maîtrise de chaînes transnationales, couvrant
tout le cycle de la production à la commercialisation (en témoigne, notamment,
le partenariat avec BASF en Allemagne). Il faut aussi souligner que l’année
2005 a été marquée par le début de la construction du gazoduc Nord Européen. Il
s’agit du plus grand projet de transport de gaz dans le monde. Gazprom envisage
également de tracer un gazoduc traversant la Turquie, afin de proposer du gaz aux
marchés d’Israël, de la Grèce, du Sud de l’Italie. La ramification des chemins
de transport du gaz, destinée à consolider la sécurité d’approvisionnement, est
un élément commun aux stratégies de Gazprom et de l’Union européenne.
Conclusion. « Une base de ressources unique,
un potentiel industriel énorme, de fortes positions sur les marchés et une
politique de développement active : tous ces éléments feront de Gazprom la
compagnie numéro un sur le marché global de l’énergie. »
14 octobre 2006
Démarrage de la série Gazprom

Chers amis,
On en entend parfois parler comme d'un spectre menaçant. On en entend parler comme un empire qui détient le premier rang mondial dans son métier. On en entend parler comme d'un partenaire économique majeur du peloton de tête économique de l'Union Européenne.
Cette structure, qui est un des piliers du redémarrage économique de la Russie de Vladimir Poutine, c'est le géant gazier russe Gazprom. C'est là qu'il faut chercher le fondement des mots du chef d'Etat de la Fédération Russe à Compiègne, lorsque, fin septembre, Jacques Chirac lui remettait les insignes de Grand'Croix de la Légion d'honneur, à savoir : la stratégie des Russes suscite des craintes car ils seraient "riches" et "puissants".
En effet, la stratégie de Gazprom ne cesse de s'affirmer comme autonome par rapport à l'influence occidentale.
Tout d'abord, entrée dans le capital d'EADS à hauteur de 5%. Ensuite, mainmise sur l'un des clubs majeurs de la Bundesliga, le Schalke 04. Puis encore, une vive déception pour les pétroliers occidentaux : le gazier russe a décidé d'exploiter seul, et non en consortium avec les compagnies Conoco-Phillips, ChevronTexaco, Statoil, Norsk Hydro, le plus grand gisement de gaz du monde : le site de Chtokman[1].
Un certain nombre d'éclaircissements doivent être entrepris afin de donner les moyens d'une meilleure compréhension des enjeux de cette question. Aussi est-il primordial, au préalable, de connaître les objectifs que se sont fixés eux-mêmes les dirigeants de Gazprom, et en particulier son patron, Alexeï Miller. Par conséquent, le premier document de cette série sera une synthèse du discours que ce dernier a prononcé au cours de l'Assemblée générale annuelle, en juin 2006.
Bien à vous
Mickael KARASSIMEONOV
Commission Energie
[1] Pour de plus de détails, cf. Le Figaro économie du
10 octobre 2006
06 octobre 2006
Création de la Commission Energie
C’est bon de ne pas regarder
à la dépense de son énergie !
La commission Energie, réapparue dans le giron de la Conférence Olivaint,
aura une tâche passionnante. En effet, la conjoncture énergétique actuelle,
internationale et française, est lourdement chargée en événements majeurs.
Il ne serait pas très osé que de prétendre que les questions énergétiques
rythment la politique internationale. Il serait encore moins osé que de
prétendre que le monde de demain est hypothéqué par les décisions que les
dirigeants d’aujourd’hui prennent en matière énergétique.
Aussi ce groupe de réflexion qu’est la commission Energie aura-t-il pour
mission de se pencher sur les axes majeurs de la géopolitique contemporaine de
l’énergie, sur la prospective, et sur la politique de l’énergie de demain.
Afin de donner une vue plus concrète du programme que se doit de suivre
cette commission, il convient de préciser les données de départ sur lesquelles s'appuieront ses analyses.
Le pic de Hubbert [1] approche :
l’ensemble du monde sera affecté par la diminution de l’offre en hydrocarbures
qui va se produire, voire par la pénurie qui pourrait résulter d'une crise au
sein d’un pays producteur majeur. Face à ce double défi, les pays disposant des
moyens financiers pour agir peuvent mener deux politiques :
- réduire
leur dépendance envers le pétrole en développant les énergies alternatives, et
surtout en réalisant des économies d’énergie ;
- et/ou
sécuriser les approvisionnements.
Quant aux pays en développement, ils disposent de gisements d‘énergies
nouvelles importantes (solaire, éolienne, géothermique, hydroélectrique).
Cependant, ceci ne réduit pas la dépendance vis-à-vis des pays développés, qui ont
vocation à apporter leur aide au niveau des technologies, de leur financement,
de la formation des personnels.
Par ailleurs, suite à une analyse de la géopolitique des hydrocarbures,
deux grands ensembles seront privilégiés :
- Le
Moyen-Orient, zone caractérisée par une diversité de pays, de peuples, de
religions, de régimes. Cette région est marquée par de forts risques en termes
de conflits armés, bien qu’il existe des facteurs de stabilité, tels
l’Organisation des pays exportateurs de pétrole ;
- La
Russie et les pays riverains de la mer Caspienne.
Les autres régions, à savoir les deux Amériques, sont très impliquées dans
le marché des hydrocarbures, mais possèdent des réserves relativement faibles.
En revanche, ce sont ces pays qui détiennent l’essentiel des ressources en
uranium.
La Commission Energie aura le privilège de se préoccuper de ces questions,
aux croisées des cultures. La fusion entre Suez et Gaz de France n’est qu’un
exemple de cette actualité brûlante et foisonnante.
Pour conclure cette présentation de la commission, et pour ne pas oublier
que les travaux de cette dernière s’inscrivent dans le cadre du bureau Germaine
Tillion de la conférence Olivaint, posons-nous la question pertinente surgie sous la plume de Boris Vian, fidèle à lui-même :
Du temps que les femmes ne
votaient pas, on faisait la guerre pour elles. Maintenant qu'elles votent, on
la fait pour le pétrole. Est-ce un progrès ?
Bien à vous,
Mickael KARASSIMEONOV
Président de la Commission Energie
[1] Le pic de Hubbert découle
de règles établies par le géologue américain King Hubbert en 1956. À partir de
toutes les données de production, de réserves, d’historique des découvertes
d’une matière première donnée, il est possible de prévoir la courbe de
production mondiale de cette matière première